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vendredi, février 08, 2008

Un Air Pur - Libération aujourd'hui

Voila que je suis aujourd'hui publié dans Libération

Un nouveau monde s’annonce : pas de risques, pas d’angoisse. Rien que du beau, du propre, du prévu, jusqu’à la fin des temps. Quoi ? Pas jusqu’à la fin des temps ? Mais vous n’en finirez donc jamais avec cette mort !

Ca fait plaisir tout de même.

mardi, juillet 17, 2007

Qui a dit que les Gauloises étaient racistes ?

Parce que vraiment, je ne résiste pas au plaisir de la diffuser.



samedi, février 03, 2007

Pollueurs : La liberté des uns commence là où finit celle des autres.

Nous voici donc tous réunis et rassemblés autour de deux principes indiscutables : la lutte contre la pollution, et le respect des libertés de chacun.
Creux ou vide, ce vieux principe populaire : « ma liberté commence là où s’arrête celle de mon voisin ». Tout comme l’interdiction de la cigarette dans les lieux publics, il est absolument tabou de le discuter. Tabou aussi la remise en cause de l’utilisation généralisée du mot pollution. Et pourtant. Ces deux réflexes, de bonne morale populaire, sont aux fondements des dictatures.

Ma liberté serait donc limitée par celle de mon voisin, ce matin, dans ce café que j’apprécie (La Fée Verte, croisement Basfrois / Roquette, Paris 11). A priori, pourquoi pas. Mon voisin m’a l’air bien intentionné, doué d’une raison, de problèmes personnels, d’envies et de désirs, qui équivalent bien aux miens. J’accepte aisément de limiter ma liberté pour qu’il en ait une également.
Oui mais. Mon voisin peut très bien considérer ma présence à son côté comme une agression de sa liberté. Ma présence peut être une pollution à ses yeux.
J’occupe une place qu’il apprécie dans ce café. Ma veste en velours noir usée, semblable à celle de son professeur de math, son bourreau de collège, le rend nerveux. L’odeur du café que je bois, lui qui ne boit que du thé, contient de la caféine, qui pollue son système nerveux. Puis moi, là, mal rasé, affalé, mal réveillé, comme un banc de pétrole affalé sur une plage, comme une plaque de polystyrène à la dérive, comme une fumée noire au-dessus de son samedi matin : insupportable cette pollution !
Allons : serais je devenu fou. Qu’est-ce qui m’a pris d’aller boire un café ce matin ? De polluer la matinée de ce brave homme ? Comment n’ai-je pas pensé que j’allais empiéter sur la liberté de cet individu ?
Allé, vite, jetons cette veste, commandons une verveine, quittons ce café rapidement, et cessons cette agression, rendons justice, stoppons la pollution !

A bien y penser, qu’un individu existe est toujours une limitation mise à la liberté des autres. C’est parce que j’existe que je consomme des ressources naturelles. C’est parce que j’existe que je fais du bruit. C’est par ce que j’existe que je bouge, que je pense, que je donne mon avis. C’est parce que j’existe que je pollue donc l’environnement de chacun. Désolé. Toutes mes excuses. C’est promis juré, je ne recommencerais pas.
La seule et unique manière de respecter totalement la liberté du voisin, c’est de s’effacer, de ne pas exister. Non, pas la mort. Pensez donc ! Vous iriez polluer des terrains avec votre dépouille. L’effacement vous dis-je. L’inexistence.

Est-ce donc cela qu’emmènent avec eux les principes populaires ? Chacun peut être le pollueur. Chacun peut être jugé comme agressant la liberté de chacun des autres. A qui le tour ?

Notre société ne veut semble-t-il plus entendre parlé d’une loi, d’une loi supérieur à tous, qui délimite la liberté de chacun, en laissant à tous la possibilité d’exister. Une loi qui protège de l’arbitraire les faibles, et qui empêche les forts de s’arroger la propriété du monde. Si la loi ne se place plus au dessus des hommes, alors nous voila retournés, au terme de notre évolution, à l’age de pierre, et aux règles de la jungle. Celui qui a le plus de force pour défendre sa liberté, en a le plus. Ceux qui ne peuvent défendre la leur, n’ont qu’à l’abandonner.

Pour une motivation indiscutablement valable, protéger l’avenir de la planète, respecter la santé de chacun, ne sommes nous pas en train de réintroduire dans notre société les fondements de la dictature ? Pour nous protéger de nos peurs, ne sommes nous pas en train d’abandonner toute éthique ?

lundi, octobre 09, 2006

Mort à la clup en société !

Le décret de loi en préparation qui interdit la consommation de tabac dans les lieux publics m’inquiète. Ce décret sera adopté, sans aucun doute, et sera appliqué.

Je me rend compte, peut être avec une nostalgie naïve, que le monde que nous allons construire ne sera plus le même.

Demain, il n’y aura plus de cafés embrumés dans lesquelles on soigne la déprime de l'automne et les blessures du froid de l’hiver. On ne trouvera plus de comptoir fumant sur lequel on se sent capable de reconstruire le monde. Les volutes de fumées qui obscurcissent le visage de l’ami au coeur blessé disparaîtront. Plus de surprise amusée, en découvrant ses parents, dans des tenues désuètes, sur une photo de vacance, au club med, un soir près du buffet, fumant un cigare. Plus ce haut le coeur que génère l'odeur de tabac refroidi, lorsque l’on remet en ordre une salle dérangée par une réunion politique nocturne. Disparue aussi la première cigarette du jeune homme, qui manque de s’étouffer à sa première taff, mais qui se retient de tousser pour impressionner ses premières copines. Jetée aux oubliettes cette cigarette victorieuse, qui succède à une conclusion de séminaire, ou à une signature de contrat. Perdue à jamais, cette sensation de croiser un quidam errant dans les rue de Paris, la clup au bec. Surtout, fini cette cigarette si particulière, celle d’un soir d’été en terrasse, ponctuant de sa fumée la fin du dîner. Nous signons là l’arrêt de mort de tous ces moments, souvenirs, mots, signifiants et concepts.

Pourtant, je ne suis pas fumeur. Je n’ai pas consommé plus de vingt cigarettes en 26 ans de vie. Je sais que la fumée tue, et que la respirer, d’une manière ou d’une autre, équivaut à réduire son espérance de vie. Je n’ai pas d’enfants. Mais si un jour j’ai la joie d’en avoir, je ne préférerais pas qu’ils soient fumeurs. La cigarette tue, et a déjà tué trop de personnes. Chacun des morts du tabac est un être cher que sa famille et ses amis ont perdu.

Je comprends les raisons, les douleurs, les doutes et les peurs qui nous amènent, aujourd’hui, par la signature de notre président, à décréter la fin de la cigarette en société.

Mais, des périls qui génèrent ces mêmes douleurs et souffrances existent par ailleurs. Des périls que nous provoquons, eux aussi, volontairement. L’alcool bien sûr, qui lui aussi se consomme si agréablement en société. La nourriture grasse des fast food, et la convivialité télévisuelle qu’elle provoque. L’écoute, le volume à fond, dans des écouteurs, des morceaux de Nirvana, des Stones ou de Bob Sinclar. La conduite trop rapide sur la Gineste, entre Marseille et Cassis, au bord des calanques, en ressentant le frisson de l’air brûlant au travers de sa chemise.

Ces risques sont peut être moins élevés, mais ils existent. Une fois la clup décapitée par la guillotine de la médicalisation de notre société, va-t-on se pencher sur chacun des risques que nous courrons pour les supprimer, et les effacer de notre monde ?

Ce qui me trouble, au-delà de la tristesse d’abandonner une facette des cafés parisiens que j’aime tant, c’est que pendant que nous supprimons la cigarette, la cause qui la rend si présente ne fait l’objet d’aucune recherche. Nous allons supprimer, effacer le symptôme social constitué de la consommation d’un poison. Bien. Mais pourquoi a-t-on à ce point recours à lui ? Qu’est ce qui nous pousse tant à tirer sur ce tube mortel ? Pourquoi des êtres raisonnables, que nous sommes supposés être, se tuent-ils ainsi chaque jour un peu plus ?

Nous allons supprimer le symptôme, mais nous n’effacerons pas la pulsion de violence qui trouve dans la clup une voie d’expression atmosphérique. Reste à savoir ce que, nous autres, allons bien pouvoir faire à présent de cette fichue envie de nous détruire.

La forme que prendra notre pulsion de destruction demain ? Par delà de la nostalgie, voila une raison sérieuse d’inquiétude.